Généalogistes Associés

L'énigme Champlain

Bonjour à tous

On ne sait pas à quoi ressemblait le fondateur de Québec

On ne connait pas l'année exacte de sa naissance. On ne sait rien de son père sinon qu'il s'appelait Antoine Champlain et qu'il naviguait. Fut-il élevé dans la religion catholique ou protestante? Mystère. Qui est cet insaisissable capitaine Provençal, l'oncle qui l'aurait rendu indépendant de fortune avant ses grands voyages d'exploration? Encore un mystère.

A-t-il consommé par la chair le mariage qui l'unissait à Hélène Boullé? Mystère toujours. Il meurt et est enterré à Québec en 1635. Depuis et jusqu'à récemment, toutes les recherches pour retrouver ses ossements ont fait patate. Tous les historiens en conviennent: on ne connaît à peu près rien des 30 premières années de la vie du fondateur de Québec.

Une pluie froide et humide, une pluie à ne pas mettre un chrétien dehors pèse sur Paris, ce 30 décembre 1610. Une cérémonie de mariage discrète se déroule en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois.

Le Sieur de Champlain épouse dans la foi catholique Hélène Boullé. Le marié est dans la trentaine. La mariée est impubère. Elle vient d'avoir 12 ans.

À cette époque, en France, une fillette devient nubile, légalement, à l'âge de 15 ans. Les deux parties conviennent que la consommation du mariage ne pourra se faire avant 2 ans minimum et peut-être plus, «selon l'avis des parents et amis» .

La question à savoir s'il s'agit d'un mariage d'amour ou d'intérêt ne se pose pas. La dot de la mariée est de 6000 livres, une somme considérable pour l'époque. Le couple n'en touchera finalement que le quart. Champlain, bon prince, signera plus tard une quittance de 1500 livres à sa belle-famille protestante. Il convertira sa jeune femme à la religion catholique. Tant et si bien qu'Hélène Boullé n'aura bientôt qu'une pensée: devenir religieuse ursuline.

Samuel de Champlain avait fondé Québec deux ans plus tôt. Sa femme ne consentira à l'accompagner en Nouvelle-France qu'en 1920, soit 10 ans après leur mariage. Il faut dire que le beau Samuel n'est jamais là. En 35 ans, il fera 29 fois la traversée de l'Atlantique, dans un sens ou dans l'autre.

Entre temps, la jeune épousée fait des fugues, fuyant le domicile conjugal pendant des jours pour aller retrouver Dieu sait qui.

Une fois enfin arrivée à Québec, Hélène ne voit pas plus souvent son mari partagé qu'il est entre l'exploration du territoire, la guerre avec les Iroquois et les voyages en France. Elle tue le temps avec son frère Eustache, dont Champlain a fait son homme de confiance, et avec les jeunes Amérindiennes qui admirent ses beaux vêtements et le miroir qu'elle porte en sautoir. Elle trouve la vie en Nouvelle-France ennuyante comme la pluie en hiver.

Quatre ans plus tard, elle est de retour en France pour ne plus en bouger. Elle continuera à défendre les intérêts de son mari tout en préparant son entrée chez les ursulines. Elle réalisera son rêve en 1645 sous le nom de Soeur Hélène de Saint-Augustin et fondera une maison d'enseignement à Meaux où elle mourra, le 20 décembre 1654.

Le fondateur de Québec n'a pas réussi à fonder un foyer familial normal. Il n'a pas eu d'enfants, pour une raison ou pour une autre.

La tête de Champlain

À quoi ressemblait physiquement le fondateur de Québec? La seule certitude, c'est que tous les tableaux et gravures le représentant sont faux.

Le biographe américain Morris Bishop en fait un type ascétique, mince, élancé et brun. Un autre historien tout aussi crédible, Samuel Eliot Morison, affirme qu'il était blond comme les blés et qu'il portait une barbe. Cham-plain s'est dessiné lui-même mais de façon trop floue pour reconnaître le moindre trait.

Le portrait le plus célèbre de Samuel de Champlain, qu'on retrouve dans tous les manuels d'histoire, est doublement faux. On dirait le cardinal Richelieu jeune. Ce portrait serait l'oeuvre d'un peintre du XIXe siècle nommé Louis César Ducornet. Ce Ducornet, amputé des deux bras, peignait avec les quatre orteils qui lui restait au pied droit. Il avait, dit-on, beaucoup de talent.

Ducornet se serait inspiré d'une gravure de Balthasar Montcornet qui, en 1654, avait croqué Champlain à partir de la tête d'un certain Michel Particelli, un escroc et voleur, qui se présentait comme contrôleur des finances de Louis XIV. Pauvre Champlain!

L'art de mettre le feu

On ne sait pas si le grand homme est né en 1567 ou en 1570. Par contre, on sait qu'il est mort en odeur de sainteté le jour de Noël de l'an 1635. Il avait 62 ans ou 65 ans, c'est selon.

Champlain s'était effondré deux mois plus tôt victime d'une attaque d'apoplexie. Resté paralysé, il a le temps de faire un testament détaillé. Il déshérite sa femme et institue la Vierge Marie son héritière. Cela signifie que sa fortune et ses parts dans la compagnie des Cent-Associés iront aux Jésuites et à la chapelle Notre-Dame-de-la-Recouvrance en construction.

Ce testament sera cassé plus tard à la demande d'une cousine germaine, Marie Camaret, probablement à la solde de la veuve. Hélène Boullé n'avait reçu que l'amulette porte-bonheur du mort, une peau de renard gris et une bague en or sertie d'un diamant probablement faux.

Comme si ce n'était pas assez pour un seul homme, commence alors la saga tragico-comique de la sépulture du fondateur de Québec qui se poursuit encore aujourd'hui par archéologues amateurs interposés.

Après sa mort, Champlain est inhumé provisoirement dans un lieu anonyme, en attendant la fin de la construction de la chapelle qui est sise dans le quadrilatère formé par les rues Buade, du Trésor, Sainte-Anne et du Fort.

Ses restes ne sont pas sitôt transportés dans la nouvelle chapelle que celle-ci est détruite par un incendie en même temps que l'église et la résidence des Jésuites. La chapelle Champlain aurait été reconstruite, mais on n'en entend plus parler après 1664.

Les historiens supposent que les corps qu'elle recouvrait, dont celui du fondateur, furent transportés sous la nouvelle église paroissiale, aujourd'hui la basilique Notre-Dame de Québec. Le hic, c'est qu'on n'en sait pas plus.

Cet homme aura mis le feu partout où il est passé: en 1690, le feu détruit les registres de Brouage, sa ville natale, près de La Rochelle, effaçant les traces de sa famille.

Arthur, où t'as mis le corps ?

En 1866, les abbés Laverdière et Casgrain relancent l'affaire du tombeau de Champlain en annoncant qu'ils ont percé le mystère. Les deux abbés n'ont rien perçé du tout. Ils ont repris une thèse déjà exploitée par d'autres qui localise la sépulture dans une voûte sous l'escalier Casse-Cou qui relie la côte de la Montagne à la petite rue Champlain, près du funiculaire. Il y a bien une voûte à cet endroit mais rien dedans. Il s'ensuit une querelle célèbre dans les journaux locaux du XIXe siècle qu'on appellera la «querelle des antiquaires» .

À partir de ce moment, des dizaines de fous de Champlain se mettent à la recherche du tombeau du «père fondateur» . Ils transforment ponctuellement le Vieux-Québec en fromage de Gruyère: l'imprimeur Stanislas Drapeau, en 1878 ; le docteur Narcisse-Eutrope Dionne, en 1880, l'avocat Pierre-Baby Casgrain, en 1908 ; l'ingénieur Claude-Vernon Johnson, en 1940 ; l'historien Sylvio Dumas, de 1951 à 1958 ; l'archéologue amateur René Levesque, en 1988.

La clé du mystère pourrait bien se trouver dans un article du QUEBEC MERCURY, édition du 1er juin 1843. On y lit que des travaux d'agrandissement de la rue Buade ont permis de mettre au jour une sépulture voûtée renfermant les restes de notables du régime français. La voûte est détruite et les ossements dispersés comme de la vulgaire garnotte.

Dur d'être héros

Une nouvelle école historique a décidé durant les années 1960, pour des raisons idéologiques, d'assassiner la mémoire des héros de l'histoire traditionnelle. Champlain n'a pas échappé au massacre.

D'autres ont d'autres raisons de crucifier le fondateur de Québec. Dans un ouvrage de 1985, Bruce G. Trigger, de l'Université McGill, remet en question la place première de Champlain dans notre histoire. Il en profite pour nier l'apport culturel des Français au développement de l'Amérique. Le nationaliste canadien Pierre Berton, dans son « My Country» , n'hésite pas à traiter Champlain d'assassin.

L'ex-premier ministre René Lévesque y met lui aussi son grain de sel. Dans son autobiographie, «Attendez que je me rappelle» , il roule Champlain dans la farine: «Pas très stimulant, le fondateur. Sa femme paraissait de loin beaucoup plus le fun... Ce gars toujours mal pris avec son chantier de l'Abitation que les Anglais ne cessaient de prendre et de reperdre...»

Samuel de Champlain a aussi ses défenseurs et ce sont les plus crédibles. Joe C. W. Armstrong, un Torontois attaché à l'université Bishop et membre des sociétés royales du Canada et de Londres, a publié, en 1987, une biographie de Champlain sans équivoque.

Pour Armstrong, Champlain est le plus grand parmi les explorateurs et les colonisateurs de l'Amérique du Nord. Plus encore, il est non seulement le fondateur de Québec et le «père de la Nouvelle-France» , mais il est incontestablement « le véritable père fondateur du Canada» .

L'historien Marcel Trudel fait autorité. Il en arrive à la même conclusion dans le Dictionnaire biographique du Canada: « Sans lui (Champlain), il n'y aurait pas eu de Nouvelle-France... On doit saluer en lui le fondateur du Canada» .

(Sources: Le Dictionnaire biographique du Canada ; « Samuel de Champlain, de Joe C.W. Armstrong ; Histoire populaire du Québec, de Jacques Lacoursière.)

Source : Louis-Guy Lemieux
Le Soleil

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