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Il faut se marier jeune

Après le recensement de 1667, Talon et Colbert songent à divers moyens de faire croître rapidement la population. Des solutions sont envisagées : immigration plus intensive d’engagés et de filles à marier; pression sur les soldats du régiment de Carignan-Salière pour qu’ils s’établissent dans la colonie et enfin quelques mesures incitatives ou coercitives concernant les mariages et les naissances.

Le 5 avril 1667, Colbert écrit à l’intendant Talon :
«Comme la multiplication des peuples dépend de la fréquence des mariages, il est bien nécessaire d’engager les pères de familles de marier leurs enfants dès qu’ils auront assez d’âge pour conduire leur ménage.»

On ne se contente pas de souhaits pieux. Le 5 avril 1669, le roi signe un édit où il prévoit une amende pour ceux qui ne sentent pas assez tôt l’attrait du mariage :
«Qu’il soit établit quelque peine pécuniaire, applicable aux hôpitaux des lieux, contre les pères qui ne marieront pas leurs enfants à l’âge de vingt ans pour les garçons et de seize ans pour les filles.»

Le lundi 20 octobre 1670, le Conseil souverain de Québec enregistre l’édit royal dont la réglementation est sévère : il est «enjoint aux pères de faire déclaration au greffe, de six mois en six mois, des raisons qu’ils pourraient avoir eues pour le retardement du mariage de leurs enfants, à peine d’amende arbitraire.»

Par contre, les garçons qui acceptent de se marier à 20 ans ou moins et les filles qui prendront mari à 16 ans ou moins sont récompensés en recevant chacun, le jour de leurs noces, la somme de 20 livres, «ce qui sera appelé le présent du roi».

Les distraits, les célibataires endurcis et les récalcitrants n’échappent pas à la vigilance royale. Les engagés dont le terme de 36 mois est terminé et les «autres personnes qui ne sont plus en puissance d’autrui» reçoivent, le 20 octobre 1670, une mise en demeure stipulant qu’ils devront se marier l’année suivante, au plus tard quinze jours après l’arrivée des navires transportant les filles du roi.

S’ils osent demeurer célibataires, ils ne goûteront pas la liberté qui leur est si chère, car ils seront condamnés à «être privés de la liberté de toute sorte de chasse et de pêche et de la traite avec les Sauvages, et de plus grande peine si nécessaire.» Cette dernière menace vise surtout les coureurs des bois qui préfèrent la liberté des forêts aux contraintes maritales. L’intendant Talon, lui-même célibataire, ajoute, comme peines supplémentaires, la privation d’honneurs civils ou religieux pour les récalcitrants.

Un des premiers habitants de Lachine, François Lenoir dit Roland, est toujours célibataire en 1671, et ce, malgré l’ordonnance. Le 26 décembre, il signe un acte notarié par lequel «il promet de se marier l’année suivante, trois semaines au plus tard après l’arrivée des vaisseaux et même, il s’oblige, en cas de délit de sa part, à donner cent cinquante livres à l’hôpital et autant à l’église de Ville-Marie.»

«À ces conditions, ajoute l’historien Faillon, on lui permit de trafiquer dans sa maison et de se faire payer des sommes que lui devaient les Sauvages, mais non pas d’aller à la chasse dans les bois. Il tint sa promesse, et au mois de décembre de l’année suivante, 1672, il épousa la fille d’un ancien exempt, ou officier de la maison du roi, Marie Madeleine Charbonnier.»

Les autorités civiles font plus que forcer les habitants à se marier, elles les incitent à multiplier le nombre des enfants. Le recensement de 1666 montrait que, sur quelque 400 familles, seulement une dizaine avaient plus de sept enfants. La famille la plus nombreuse est celle de Simon Denys, sieur de la Trinité, de Beauport, avec cinq filles et six garçons. Le 5 avril 1669, le roi établit un système d’allocations familiales pour venir en aide aux familles nombreuses :
«À l’avenir, les habitants dudit pays qui auront jusqu’au nombre de dix enfants vivants, nés en légitime mariage, ni prêtre, ni religieux, ni religieuses, seront payés des deniers qu’elle enverra audit pays, d’une pension de 300 livres par chacun an, et ceux qui en auront douze, de 400 livres.»

Les parents qui veulent bénéficier des largesses royales doivent présenter leur demande à l’intendant au cours des mois de juin et juillet. La moitié de l’allocation leur est alors immédiatement remise et le reste à la fin de l’année. L’ordonnance précise aussi que les honneurs civils et religieux seront réservés de préférence aux pères de familles nombreuses.

La politique de natalité porte fruits et Talon peut écrire à Colbert, le 2 novembre 1671 :
«Sa Majesté pourra voir par l’abrégé des extraits des registres des baptêmes dont j’ai chargé mon secrétaire, que le nombre des enfants nés cette année est de six à sept cents, que dans les suivantes on en peut espérer une augmentation considérable.»

En 1673, la population de la colonie dépasse les 6700 habitants. À la même époque, les colonies anglaises de l’Amérique du Nord comptent plus de 120 000 âmes…

Marie de l’Incarnation se réjouit des progrès démographiques de la colonie. «Il y a surtout, écrit-elle, un grand nombre d’enfants, très beaux et bien faits, sans aucune difformité corporelle, si ce n’est par accident. Un pauvre homme aura huit enfants et plus, qui l’hiver vont nu-pieds et nu-tête, avec une petite camisole sur le dos, qui ne vivent que d’anguille et d’un peu de pain, et avec tout cela, ils sont gros et gras.»



Source : Nos Racines p. 193

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