L'histoire du Saguenay commence donc avec sa découverte par Jacques Cartier, lors de son second voyage.
Le premier septembre 1535, le découvreur du Canada jette l'ancre dans la rade de Tadoussac.
Dans sa relation, Cartier décrit l'entrée du fjord comme une rivière profonde, bordée de montagnes de
pierres nues ou croissent une grande quantité d'arbres.
Cependant, pour une raison ou une autre, il n'y entre pas.
C'est Samuel de Champlain qui sera le premier à oser s'y aventurer, le 11 juin 1603. Il brise la
tradition en pénétrant jusqu'à une distance de quelque 12 ou 15 lieus, mais rebrousse chemin un peu
avant l'actuel village de Ste Rose du nord.
Tout comme l'a fait remarquer Cartier, près de trois quarts de siècle auparavant, Champlain constate
que toutes ces terres "ne sont que montagnes de rochers la plus part couvertes de bois de sapins,
cyprès et bouleaux".
Cherchant vivement un emplacement pour y établir une colonie, il qualifie l'endroit de véritable
désert et y voit peu d'avantage.
Malgré cette petite incartade de Samuel de Champlain à l'intérieur du Saguenay, le mystère reste
entier quant à la possibilité qu'il ait pu se rendre, un jour ou l'autre, jusqu'à l'embouchure de la
rivière Chicoutimi.
Physiquement, le pays du Saguenay se caractérise d'abord par le fjord, ce bras sinueux, large d'environ
deux kilomètres et s'étirant sur près de cent kilomètres. Ce véritable fleuve traverse une contrée montagneuse
recouverte principalement d'une forêt de conifères, parsemée d'innombrables bouquets de feuillus aux
essences diversifiées. Il tire son nom de deux mots empruntés à la langue montagnaise : saga et nipi,
mots signifiants "eau qui sort" de terre, et "d'ou l'eau sort".
Le poste de traite : grandeur et décadence.
Le troisième voyage du père Dequen au Saguenay-Lac St-Jean ne revêt pas seulement un aspect religieux.
En effet, la crise économique, accentuée par la destruction de la huronnerie, y est rarement pour quelque
chose. Pressé par la nécessité de redresser les finances de la Nouvelle-France, le gouverneur Lauzon et
le père Raguenau, tous deux membres du Conseil de Québec, décident de créer un monopole régional de
fourrures, dit : Traite de Tadoussac, du nom de son centre d'opération. Sur le plan géographique, ce
monde englobe, au début, tout le territoire circonscrit entre les Iles aux Coudres, Sept-Iles et la
région du Saguenay-Lac-St-Jean.
Le décret qui intégra le territoire montagnais dans les limites de la Nouvelle France est signé par
Lauzon, le 2 mars 1652. Pendant près de deux siècles, ce domaine sera affermé à des particuliers ou
encore à des compagnies privées.
En fait, c'est en 1661 que l'on retrouve, pour la première fois, la description des environs de
Chicoutimi, dans la relation des pères Gabriel Druillet et Claude Dablon. Les jésuites accompagnent, à
ce moment, l'expédition de Michel Leneuf de La Vallière qui va découvrir le passage entre la Baie
d'Hudson et le Saguenay.
Parti de Tadoussac le 1er juin avec quarante canots, les pères prennent six jours pour remonter la
rivière. Le sixième, disent-ils, nous arrivons de bonne heure à Chicoutimi, lieu remarquable entre le
terme de la belle navigation, le commencement des portages, c'est ainsi que nous appelons les lieux,
où la rapidité les chutes d'eau obligent les Nautoniers de mettre à terre et de porter sur leurs épaules
leurs canots. Et tout l'équipage, pour gagner le dessus du Sault.
Les années 1647 à 1671 auront été celles des premiers contacts caractérisés par le passage plus ou moins
régulier des missionnaires qui vont donner le secours de la foi aux indiens du Lac-St-Jean. Ce sont eux,
en quelque sorte, qui ont préparé une mission dont les préoccupations seront plus matérielles que
spirituelles : la fondation des postes de traite de Chicoutimi et de Métabetchouan précède de quelques
années celle du lac Mistassini (1679), du lac Nicabau (1683) et de la rivière Ashuapmushuan (1689).
L'arrivée des premiers commerçants remonte justement à cette époque. En 1671, ils construisent une maison
à l'embouchure de la rivière Chicoutimi, action qui établit un premier pas vers la conquête commerciale
du territoire.
Il faut dire que les Indiens ont recommencé à fréquenter les lieux car le père Crépieul y trouve, lors
de son passage en 1673-1674, plus de deux cents Amérindiens et même un petit nombre de Français. Peu à
Peu et prudemment, les propriétaires de la Traite de Tadoussac pénètrent à l'intérieur des terres.
Les débuts prometteurs enregistrés dans les postes du Domaine du Roi vont malheureusement s'essouffler
assez rapidement. La mission de Métabetchouan est abandonnée vers 1698 alors qu'à ce même moment celle
de Chicoutimi entre dans une période de déclin qui durera un quart de siècle. La renaissance du poste
de Chicoutimi deviendra évidente avec l'arrivée du père Laure, lequel est chargé par ses supérieurs de
rétablir la mission. Il faut dire cependant que, contrairement à Métabetchouan, les lieux n'avaient
jamais été complètement délaissés. Quelques engagés, à la solde de la Ferme d'Occident, avaient toujours
continué leurs activités commerciales.
Les Jésuites continueront à desservir la mission de Chicoutimi jusqu'en 1782. C'est à cette époque que
meurt le légendaire père Labrosse, dernier missionnaire de la Compagnie de Jésus à en être chargé.
A partir de ce moment et jusqu'en 1845, à chaque année, un prêtre séculier s'arrête à la mission et y
demeure pendant quelques semaines. Au cours de ces brefs passages, il en profite pour instruire les
Sauvages et leur administrer les sacrements.
En 1839. La population des postes du Saguenay est majoritairement encore composée d'Amérindiens, qui se
répartissent à travers ceux de Métabetchouan, d'Ashuapmushuan et de Chicoutimi. Sur 238 individus, 198
sont des Amérindiens de souche Montagnaise. Le reste, soit 40 individus, représente la population libre
et regroupe particulièrement les trois(3) commis avec leurs familles (11 membres) et 28 personnes de
différentes qualités (engagés, Allemands, métis, Micmacs.
L'ouverture du Saguenay à la colonisation :1838-1842
La Compagnie de la Baie d'Hudson, dernière détentrice du bail de location du Domaine du Roi, s'était
installée très tardivement au Saguenay.. Elle n'était arrivée en fait qu'en 1831 à Chicoutimi pour
prendre possession de son monopole, grande perdante d'une lutte intestine déchirante, qui l'avait
opposée pendant 10 ans (de 1822 à 1831) à son principal co-locataire, William Lampson.
En dépit de tous ses efforts, elle n'avait pas été en mesure de profiter de son acquisition bien
longtemps ! Lorsqu'elle avait entrepris de s'installer définitivement dans les Postes du Roi, elle
avait dû en effet manœuvrer pour empêcher l'effritement de son monopole de plus en plus menacé par
les industriels forestiers qui désiraient étendre leur emprise et par les groupes de cultivateurs qui
espéraient quand à eux s'y installer en permanence.
Au début 1736, une pétition qui regroupe 1800 noms est appuyée par la chambre des Députés. Tous ces
colons pressent fortement le gouvernement d'ouvrir le Saguenay à la colonisation. La Compagnie de la
Baie d'Hudson, protégée par son bail des Postes du Roi, s'oppose farouchement au projet. A ce moment,
le Bas-Canada est secoué par une crise politique et sociale qui risque d'aboutir à la révolte,
conjoncture qui incite la Compagnie à présenter un compromis.
Pour calmer les esprits et conserver la maîtrise du jeu, elle consent à accepter une certaine
exploitation de la forêt, avec la condition d'en être le seul patron.
Les chroniqueurs du temps n'hésitent pas à attribuer à Alexis Tremblay dit Picoté, la paternité de la
formation de la Société des Vingt et un .. du fait que ses actifs se trouvaient répartis en vingt et
une part chacune.
La Société des Vingt et un avait été baptisée ainsi par Tremblay dans le but de ne pas éveiller; les
soupçons de la Compagnie de la Baie d'Hudson sur les manigances de Price et sur ses vues sur le Saguenay.
Pour réunir l'argent nécessaire à l'achat d'une part, chacun des vingt et un actionnaires avait le
droit de s'adjoindre un ou plusieurs co-associés. C'est cette clause qui explique que le nombre des
premiers migrants de 1838 sera beaucoup plus important que celui inscrit dans la raison sociale.
Lorsque le 25 avril 1838, la goélette de Thomas Simard appareille de La Malbaie avec 27 hommes à son
bord, son itinéraire est déjà clairement établi.
Alexis Tremblay a exploré le territoire l'année précédente et Thomas Simard lui-même connaît bien les
eaux du fjord pour y avoir navigué pendant une bonne quinzaine d'années pour le compte de la Baie
d'Hudson.
Un premier groupe d'hommes arrête aux " Petites Iles ", s'y installe, construit un moulin à scie et
y passe l'été.
Quelques jours plus tard, un deuxième groupe part s'installer à l'Anse-au-Cheval, tout près de la
rivière Petit Saguenay, avec l'intention d'y construire là aussi un moulin à scie et d'y entreprendre
la coupe du bois. Ce travail terminé, le reste de l'équipage, apparemment le plus important, continue
jusqu'à l'Anse St-Jean et, quelques jours plus tard, le 11 juin 1838, quatorze hommes se séparent du
groupe initial et vont s'établir à la baie des Ha ! Ha !
Notes extraites du livre Histoire de Chicoutimi Russel Bouchard :
La fondation 1842-1893
Louisette Bouchard, Chicoutimi, QC
Récits des Bouchard