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Bonjour à tous
Histoire des Roy
par Clément Roy
Je suis un descendant de Nicolas LeRoy et de Jeanne Lelièvre. L'histoire de Nicolas est assez bien
connue, car il y a eut beaucoup d'écrits à son sujet. Je ne donnerai ici que les grandes lignes de
ces deux ancêtres qui ont eu une nombreuse descendance. Plus loin, je me concentrerai sur mon ancêtre,
François-Xavier Roy, qui est venu dans les Cantons de l'Est vers la fin des années 1830 et sur ses
descendants.
Nicolas est né à Dieppe, en Normandie, en 1639, il fut baptisé le 25 mai 1639 à St-Rémy de Dieppe.
Il était le fils de Louis Le Roy et de Anne Le Mestre. D'après Joseph-Edmond Roy, Nicolas épousa
Jeanne Lelièvre le 27 avril 1658 à Honfleur, mais selon les dernières recherches de Guy Veer à
Honfleur même, on ne trouve pas le certificat de mariage de ces deux personnes. Avant de traverser
vers la Nouvelle-France, ils eurent deux enfants baptisés à St-Rémy de Dieppe : d'abord Louis, baptisé
le 26 novembre 1658, puis Nicolas, baptisé le 24 mars 1661.
Quand ont-ils traversé l'océan? D'après les dernières recherches de Jacqueline Sylvestre, il est à peu
près certain qu'ils s'embarquèrent sur le navire commandé par le capitaine Poulet au mois de juin 1661
et arrivèrent à Québec le 22 août 1661. Il y avait Nicolas et Jeanne et leurs deux enfants, Louis et
Nicolas, ainsi que la mère de Nicolas, Anne Le Mestre, dont le mari était décédé en France.
Pour Madame Sylvestre la clé du mystère est que Jeanne Lelièvre, fille de Guillaume Lelièvre, fut
confirmée à Québec le 1er mai 1662. Et aucune autre Jeanne Lelièvre ne fut trouvée dans les documents
officiels. De plus le premier bateau à arriver à Québec en 1662 fut l'Aigle Blanc, piloté par
Élie Raymond et accosta le 5 juin 1662. Jeanne avait été confirmée un mois avant.
Comme les engagés, ainsi qu'on les appelait, devaient travailler pendant trois ans avant de pouvoir
s'établir définitivement, il n'est pas surprenant de trouver un acte de concession de terre entre
Guillemette Hébert-Couillard et Nicolas LeRoy, passé devant le notaire Pierre Duquet le 8 juin 1664.
La terre étant sur le fleuve St-Laurent, avait une grandeur de deux arpents de front sur une lieue
et demie de profondeur. C'était une censive du Seigneur de Beaupré. Il avait comme voisin, d'un côté,
Jacques Marette de l'autre côté, René Brisson.
Il est certain qu'à ce moment-là, Nicolas avait déjà
une bonne partie de sa terre bien déboisée et qu'il avait commencé à produire les légumes dont ils
avaient besoin pour leur nourriture. De nouveaux enfants font leur apparition : Noël en 1662,
Marie-Jeanne en 1664, Guillaume en 1665, Anne en 1668, Jean en 1669, Élisabeth en 1671 et Jean en 1674.
Puis ce fut le déménagement de la Côte de Beaupré vers la rive sud dans la Seigneurie de la Durantaye
vers 1676. Nicolas devint le fermier en charge de la seigneurie de monsieur Olivier Morel, seigneur
de La Durantaye. Celui-ci lui céda sa maison seigneuriale, car il demeurait surtout à Québec. C'est
là qu'il eut son dernier enfant, Jean-Baptiste, né en 1678.
Quand Nicolas est-il mort? On ne le sait pas au juste. Mais dans un contrat passé le 3 novembre 1688,
entre Louis et Guillaume LeRoy, on parle du défunt Nicolas LeRoy, leur père. Jeanne Lelièvre, leur mère,
s'est remariée le 8 février 1695 avec François Molinet à St-Étienne de Beaumont. Elle est décédée le 11
janvier 1728 à l'âge de 88 ans environ. On l'a retrouvée morte sur sa chaise.
Nous ne savons pas grand-chose sur Louis, le plus vieux des enfants et mon ancêtre, si ce n'est qu'au
recensement de 1681, il avait 23 ans et qu'il possédait une terre dont 3 arpents étaient en valeur.
Mon ancêtre Louis épousa en 1682 une jeune fille du nom de Marie Ledran.
Ils eurent onze enfants :
Élizabeth née en 1683, Marie-Anne, date de naissance pas connue,
Marguerite née en 1688, Louis né en 1690,
Geneviève née en 1692. Jean, mon ancêtre, né en 1694,
Marie née vers 1697, Charles né en 1698,
Marie-Madeleine née en 1700, Marie-Jeanne-Angélique née en 1703
et enfin Élisabeth née en 1705. L'autre
Élisabeth étant morte environ deux ans plus tôt à l'âge de 20 ans. Louis est décédé le 5 juin 1705 et
son épouse, Marie Ledran, est décédée en novembre 1713.
Jean, né en 1694, épousa Jeanne Bizeau-Larose en 1716 et eut trois enfants. En 2ème noces il épousa Anne
Guénet en 1725 et eut 10 enfants, dont Jean-François, né en 1741, est mon ancêtre. Jean est décédé vers
1776 et Anne Guénet aussi en 1776.
Jean-François épousa en 1763 Marie-Anne Bernier. Ils eurent au moins sept enfants, tous nés à St-Charles
de Bellechasse, dont l'avant-dernier Antoine, né en 1776, est mon ancêtre. Jean-François est décédé en
1823 et Marie-Anne en 1811 toujours à St-Charles de Bellechasse.
Antoine épousa Marie-Angélique Nolin en 1812 à St-Charles de Bellechasse. J'ai pu trouver huit de leurs
enfants. Est-ce tout? Je ne sais pas. François-Xavier, né le 30 janvier 1814, était l'aîné et mon
ancêtre. Ne pouvant se trouver une terre à acheter, il décida avec son frère, Joseph, de s'exiler
vers les Cantons de l'Est. Par train, ils arrivèrent à Danville.
François-Xavier décida d'y rester,
mais Joseph reprit le train et s'en alla au Nouveau-Brunswick pour y faire sa vie. Les deux frères
se revirent quelque cinquante ans plus tard quand Joseph revint, pour visiter son frère, à
St-Georges-de-Windsor où François-Xavier demeurait à ce moment-là. Mon père m'a dit que les deux
hommes s'assirent face à face et passèrent la nuit à se raconter leurs vies.
Plus tard, Antoine avec
son épouse, Marie-Angélique, ainsi qu'avec un garçon et les deux dernières filles, vint rejoindre
son plus vieux à St-Félix de Kingsey. Quand François-Xavier se maria en 1842, Antoine et
Marie-Angélique demeuraient à Deschaillons et ne purent venir au mariage de leur fils. Tous les
deux sont décédés à St-Félix, Antoine en 1855 et Marie-Angélique en 1864.
A partir de maintenant, mon récit viendra surtout de la tradition orale. Ce sont les vieux de la
famille qui m'ont tout raconté. C'est donc vers 1838 ou 39 que François-Xavier décida de s'établir
dans cette région des Cantons de l'Est. Il lui fallait se trouver une terre et c'est à
St-Félix-de-Kingsey qu'il l'obtint. Je n'ai pas encore trouvé le document qui confirme l'obtention
de ce terrain, mais mon père m'a affirmé que c'était dans ce qui est devenu maintenant Kingsey-Falls.
Les débuts ont été très difficiles, car c'était une terre en bois debout, c'était la forêt. Il
fallait d'abord abattre les arbres, les faire brûler et ramasser la cendre. Cette cendre était mise
dans de grands sacs que l'on devait transporter à dos d'hommes, par des sentiers dans la forêt sur
une distance d'une douzaine de milles et qu'on allait vendre à Danville pour s'acheter un peu de
nourriture.
Vous vous demandez peut-être pourquoi vendre de la cendre? Et que faisait-on avec cette
cendre? Eh! bien, on appelait cela de la potasse et ça servait à faire le savon du pays. Peut-on
imaginer le dur labeur de ces hommes? Il en fallait du courage et de la persévérance. Personnellement,
j'ai une admiration sans borne pour ces ancêtres qui ont dû trimer si dur pour nous préparer une vie
beaucoup plus douce.
Après trois ou quatre ans de cet épuisant travail, François-Xavier avait assez grand de défricher
pour pouvoir se faire un jardin assez grand pour subvenir aux besoins d'une famille. C'est alors qu'il
décida de se marier. Il avait 28 ans et il choisit une jeune fille de St-Félix-de-Kingsey, Lucie Breault
qui avait 20 ans. Ils se marièrent le 3 octobre 1842 à l'église de St-Félix et commencèrent à élever
leur famille.
Leurs 13 enfants sont tous nés à St-Félix-de-Kingsey. Vers 1870, toute la famille
déménagea à St-Georges-de-Windsor et en 1873 François-Xavier devint le maître de poste qu'il céda à
son fils, Ludger, la même année que ses noces d'or en 1892. Il fut aussi maire de
St-Georges pendant quelques années.
Leurs enfants sont les suivants :
- François-Xavier, né en 1843, marié à Catherine Godin en 1861 et décédé en 1898, ils eurent 10
enfants;
- Lucie, née en 1844, mariée à Jean-Baptiste Chaîné en 1866 et décédée en 1898, ils eurent 13 enfants;
- Pierre, né en 1846, marié à Arzélie Chaîné en 1865 et décédé en 1944, ils eurent 15 enfants; oncle
Pierre est mort à l'âge de 98 ans et 6 mois. Je l'ai très bien connu. C'était un homme très cultivé,
même s'il n'était qu'un simple cultivateur. Je l'ai rencontré pour la dernière fois, à l'été 1940,
quatre ans avant sa mort. Il était encore parfaitement lucide et nous avons eu une conversation des
plus intéressante pendant plus de deux heures.
- Marie-Anne-Julienne, née en 1847, mariée à Denis Fréchette en 1866 et décédée en 1879, ils eurent 7
enfants;
- Jean-Baptiste, né en 1849, marié à Vitaline Béliveau en 1871 et décédé en 1930, ils eurent 8 enfants;
j'ai aussi bien connu oncle Johnny, c'était son surnom. Il demeurait à Bromptonville, le village où
je suis né en 1917. Jeune homme, il s'engagea comme zouave et alla en Italie pour la défense du
Souverain Pontife, Pie IX. En 2ème noces il épousa Cédulie Chabot, soeur de mon grand-père maternel,
Augustin Chabot.
- Sophie, née en 1850, mariée à Odilon Barbin en 1868 et décédée en 1937, ils eurent 13 enfants; j'ai
rencontré quelques fois tante Sophie, car elle demeurait à St-Georges-de-Windsor où j'allais durant l'été.
- Louis-Cuthbert, né en 1852, marié à Émilia Laurendeau et décédé en 1909, ils eurent 9 enfants. Comme
Émilia est morte assez jeune en 1907, laissant plusieurs enfants en bas âge, ils furent pris en charge
par ma grand-mère, Henriette, soeur d'Émilia.
- Joseph-Edouard, né en 1854, marié à Arthémise Champagne et décédé en 1916, ils eurent 11 enfants.
Joseph-Edouard émigra aux Etats-Unis définitivement et s'y installa pour y élever sa famille;
- Henri-Herménégilde, né en 1856, marié à Émilie Hains-Hince et décédé en 1944, ils eurent 10 enfants;
j'ai aussi connu oncle Herman, car lui aussi demeurait dans mon village natal.
- Marie-Angélique, née en 1858 et décédée en 1863;
- Marie-Lévanie, née en 1859, mariée à Stanislas Labrecque en 1879 et décédée en 1882, enfants
inconnus;
- Ludger, né en 1861, marié à Parmélie Côté en 1885 et décédé en 1932, ils n'eurent pas d'enfants,
mais adoptèrent une fille, Adéla, et aidèrent à élever 12 autres; j'ai aussi très bien connu tante
Parmélie car elle a été ma bienfaitrice durant mes années de collège et j'allais la visiter à
St-Georges-de-Windsor où elle était maître de poste, ayant remplacé son mari quand il est décédé.
- Benjamin, né en 1863, marié à Henriette Laurendeau en 1885 et décédé en 1958, ils eurent 7 enfants,
dont mon père.
Après une vie bien remplie, François-Xavier et Lucie ont célébré leur noces d'or en 1892.
Leurs enfants et petits-enfants leur firent une fête et leur présentèrent une intéressante
adresse dont je suis heureux de vous présenter son contenu :
Adresse présentée
à Monsieur François-Xavier Roy et à Madame Lucie Breault
par leurs enfants et petits-enfants
à l'occasion du cinquantième anniversaire de leur mariage
le 3 octobre 1892
Bien aimés parents,
Quand, il y a 50 ans, le ministre de Dieu reçut au pied des autels, vos serments d'amour et de fidélité
l'un envers l'autre, il prononça sur vos têtes, dans le langage de l'Église ces paroles de
bénédiction : " Que le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob soit avec vous, et qu'il
répande sur vous sa bénédiction afin que vous voyiez les enfants de vos enfants jusqu'à la troisième
et à la quatrième génération et que vous possédiez ensuite la vie éternelle. "
Vous voyez aujourd'hui réunis devant vous, fruits de cette bénédiction de l'Église, vos fils,
petits-fils et arrière-petits-fils. Ils sont venus vous rappeler cet heureux jour du 3 octobre 1842
et ils sont heureux de profiter de cette occasion pour vous présenter leurs hommages et vous offrir
le gage de leur plus vive affection, comme de leur plus inviolable attachement. Vous avez été pour nous
tous des parents bons et dévoués, vous nous avez entourés toujours d'une tendre sollicitude et vous
avez droit à toute notre reconnaissance.
Dieu soit béni de vous avoir conservé jusqu'à ce jour! Et nous le prions qu'il daigne vous conserver
encore longtemps à l'affection de vos enfants, qui, nous l'espérons, reviendront plus nombreux encore
dans dix ans, célébrer vos noces de diamant. Qu'Il vous accorde une bonne santé, exempte des infirmités
de l'extrême vieillesse, et qu'à la suite de longs et heureux jours, Il vous accorde la vie éternelle
et la couronne de gloire due à vos vertus.
En toute affection, de tous vos enfants.
François-Xavier est décédé six ans plus tard en 1898 à l'âge de 84 ans et son épouse, Lucie en 1902
à l'âge de 80 ans. Tous les deux sont décédés à St-Georges-de-Windsor.
Comme je l'ai dit plus haut, François-Xavier fut maître de poste de St-Georges-de-Windsor de 1873 à
1892. Son fils Ludger lui succéda jusqu'à sa mort en 1932. Puis ce fut l'épouse de ce dernier, Parmélie
Côté, qui en obtint la charge jusqu'en 1942. Pendant ces 69 années le bureau de poste se trouvait dans
le grand salon de la famille Roy. J'ai connu ce bureau de poste durant mes visites à tante Parmélie
dans les années '30. Puis ce fut Jean-Baptiste Lépine, gendre de tante Parmélie qui en obtint la charge
jusqu'en 1968. Ce bureau de poste fut donc dans la famille durant 95 ans. C'est tout un exploit.
Maintenant voici quelques annecdotes de tradition orale. En 1940, je suis allé visité à Danville oncle
Pierre, frère de mon grand-père. Il avait alors 94 ans. Un homme d'une intelligence et d'une lucidité
extraordinaire. Comme d'habitude j'ai posé des questions sur le jeune temps de ces vieux.
Tout à coup
il me dit : " Tu ne le sais pas, mais j'ai vu le début des allumettes." Mais avant les allumettes, c'est
la pierre à feu que l'on utilisait pour avoir du feu. C'est pourquoi les femmes gardaient toujours un
petit feu dans leur poêle au cas où elles auraient besoin de chauffer quelque chose. C'est aussi
pourquoi le dimanche un homme était choisi pour préparer un petit feu après la messe.
Il sortait donc
un peu avant les autres, se mettait dans un coin protégé du vent, sortait son étoupe et sa pierre à feu
et avec les étincelles de la pierre à feu il partait le petit feu. Quand les hommes sortaient de la
messe, ils prenaient le petit bâton de cèdre qu'ils avaient toujours dans leur poche de chemise,
l'allumaient dans le petit feu et allumaient leurs pipes.
Ce n'était pas toujours commode, mais c'est
comme ça que ça se passait. Mais un jour, moi, j'étais encore un petit gars à ce moment-là, mon père
lut dans le journal qu'il y avait une nouvelle invention que l'on appellerait " allumette ". Comme mon
père était le seul à savoir lire et écrire dans ce coin du village de St-Félix-de-Kingsey qui est devenu
Kingsey Falls, il donnait les nouvelles aux autres cultivateurs. Quelque temps après quand il est allé
faire ses achats à Danville, il trouva à acheter une boîte de ces allumettes qu'on avait annoncé dans
le journal.
Revenu au village, il envoya son plus vieux pour inviter tous les voisins à venir voir une nouvelle
expérience. Après souper, tous les hommes qui le pouvaient s'amènent, suivis des femmes et des enfants.
Les hommes s'installèrent dans le grand salon, mais les femmes et nous, les enfants, nous mirent dans
les portes et les fenêtres. Nous avions tous très peur.
Tout à coup, mon père se lèva au bout de la
table du salon, montra la boîte d'allumettes et en prit une. Il faut dire que les premières allumettes
avaient quelques sept à huit pouces de long et le soufre au bout du bâton était aussi gros que le bout
du petit doigt. Alors, d'une façon très solennelle il frappa l'allumette sur le bord de la boîte. Cela
a fait un gros POUF et une grosse flamme est apparue. Nous, les femmes et les enfants, nous
avons eu tellement peur que nous nous sommes tous sauvés. Mais quelques semaines après, il y avait des
allumettes partout. "
J'étais un peu sceptique et je me demandais jusqu'où c'était vrai. Je n'ai rien dit pour le moment. Mais
plus tard, je racontais cette histoire à un de mes amis, tout comme je viens de le faire. Et je lui ai
dit mes doutes. Il me répondit : " Faisons la recherche pour savoir quand les allumettes ont été
inventées. "
Nous nous sommes mis dans les dictionnaires et les encyclopédies pour trouver que le
principe des allumettes avait été inventé la même année, en 1837, dans deux endroits différents :
l'Europe et les États-Unis. Puis pendant nos recherches, dont nous parlions beaucoup autour de nous,
mon épouse un jour m'apporta des boîtes d'allumettes d'aujourd'hui et c'était marqué : " Fait à Hull
par Eddy depuis 1851". Nous avions la confirmation que les allumettes étaient arrivées au Canada dès
cette année-là.
Mon oncle Pierre, étant né en 1846, avait donc six ou sept ans quand elles sont
arrivées dans son village. C'était donc vrai qu'il était un petit gars. J'ai trouvé formidable de
trouver quelqu'un qui avait été témoin de l'arrivée des allumettes plus de 90 ans avant. Et c'était
un de ma famille.
Mon père m'a raconté des anecdotes concernant un autre de mes grands-oncles, Jean-Baptiste (Johnny)
Chaîné. Johnny était un Watson. Étant devenu orphelin, il fut adopté par une famille Chaîné et fut
élevé comme un francophone. Johnny était un homme d'une force extraordinaire. Il semble qu'on n'a
jamais pu trouver jusqu'où allait cette force. C'était un homme qui parlait peu, mais qui aimait
jouer des tours. Il parlait toujours très lentement.
Un jour, alors qu'il faisait les foins avec ses deux grands garçons, ils arrivèrent près de la grange
sur l'heure du midi. Johnny dit à ses gars : " Dételez les chevaux, allez leur donner à manger et
venez dîner. Nous déchargerons après dîner. " Quand ils revinrent pour entrer la charge de foin dans
la grange, Johnny leur dit : " Pas besoin d'ateler les chevaux, je vais me mettre en avant et vous
pousserez ". Les deux gars voulurent tester la force de leur père et décidèrent de tirer au lieu de
pousser sur la charge.
La charrette de foin entra quand même dans la grange, malgré la montée qui
menait à la grange. Le père vint alors derrière la charge et leur dit d'une voix très lente : "Je
vous ai dit de pousser et non de tirer". Et, sans avertissement, il leur donna à chacun une bonne
claque en pleine face. Les deux gars tombèrent tous deux sans connaissance. Il paraît qu'ils
n'essayèrent jamais plus de tester la force de leur père.
Une autre fois, trois hommes voulurent lui jouer un tour pour se venger des tours qu'il leur avait
fait subir. Ils se cachèrent entre des rangées de bois de chauffage pour attendre son retour du village
voisin. Comment il a su ce qui se préparait, (mon père n'a pas pu me le dire)? En revenant, quand il
voyait un beau caillou, il le ramassait et le mettait dans ses poches. Quand il arriva près des
cordées de bois, il se mit à lancer les pierres entre les cordées de bois. Ce ne fut pas long avant
que les hommes ne sortent de leur cachette.
A cette époque dans les Cantons de l'Est, il y avait pas mal d'animosité entre les groupes de jeunes
francophones et anglophones. Or un jour qu'un groupe de jeunes francophones étaient à jouer aux cartes
dans un bar du coin, un groupe de jeunes anglophones arrivèrent et voulurent aussi jouer aux cartes.
Ils se placèrent derrière les chaises des francophones et leur dirent de vider la place. Les premiers
libérèrent la place, mais allèrent dire ça à Johnny.
Celui-ci leur dit : " Venez avec moi. " Ils retournèrent au bar. Johnny se plaça derrière la chaise
du chef de la gang et leur dit : " Eh! bien,
c'est à votre tour de devoir libérer la place. " En disant ça, il empoigna le chef par les épaules,
le souleva par-dessus sa tête et le lança au travers de la fenêtre. Les autres ne répliquèrent pas et
allèrent rejoindre leur chef dehors.
Il y avait une femme dont le fils allait voir sa dulcinée au village voisin et il revenait trop tard
à son goût. Elle alla voir Johnny et lui demanda s'il pouvait faire une peur à son garçon pour qu'il
cesse de revenir si tard. Johnny accepta la proposition et un soir il se cacha sur le bord du chemin
par où le jeune homme devait revenir. A la fin de la soirée, le jeune homme s'en venait en sifflotant.
Après qu'il eut dépasser l'endroit de la cachette, Johnny sortit avec un grand drap blanc qui le couvrait
de la tête au pied et se mit à faire des grognements comme s'il était un fantôme. Le jeune homme se
retourna et dans la noirceur, crut vraiment que c'était un fantôme. Il partit à courir à toute vitesse.
Johnny courut un petit bout de temps puis retourna chez lui.
Le jeune homme avait si peur qu'il courut
sans arrêt jusqu'à sa demeure. En arrivant, il s'écrasa complètement à bout de souffle. Le lendemain
matin, sa mère le trouva mort sur le seuil de la porte. Toute énervée, elle alla voir Johnny et lui
dit : " Je t'avais dit de lui faire une peur, mais pas une grosse peur comme ça! "
J'en suis rendu à parler de mon grand-père, Benjamin, que tout le monde appelait " Ben ". Comme tous
les autres enfants de François-Xavier, il est né à St-Félix-de-Kingsey le 15 juillet 1863. Il avait
déjà un neveu et une nièce plus vieux que lui. Tout jeune il eut un accident et se brisa un pied.
Comme l'hôpital était très loin du village, le pied a guéri comme il a pu. C'est pourquoi Ben a été
infirme toute sa vie.
La question des chaussures était une grande difficulté pour lui. Par conséquent
il a appris le métier de cordonnier pour pouvoir transformer ses chaussures selon ses besoins. Il
achetait une paire de souliers ou de bottines qui allait avec son bon pied et transformait l'autre
pour aller avec son pied infirme. Ça ne l'a pas empêché de vivre jusqu'à 95 ans.
Ben était un homme très sociable et aimé de tout le monde. C'était un chanteur, un acteur et un
metteur en scène. En effet, à tous les ans, il montait une ou deux pièces. Il dirigeait ses acteurs
et était lui-même un acteur. J'ai vu plusieurs photos de ces pièces. C'était très populaire et les
gens venaient de plusieurs villages des alentours pour assister à ces pièces.
En plus d'être cordonnier, Ben était aussi le bedeau de la paroisse Ste-Praxède de Bromptonville. Comme
il était un bon chanteur, il est devenu le maître-chantre de la paroisse pendant 21 ans. Il avait un don
extraordinaire, sa voix couvrait trois octaves. Il pouvait chanter aussi bien ténor que basse. Étant un
comédien ainsi qu'un grand comique, les soirées qu'il organisait étaient courues des voisins et de nous,
les enfants.
En effet, si nos parents n'étaient pas satisfaits de notre conduite, ils n'avaient, pour
nous tranquiliser, qu'à nous dire : " Très bien, à la prochaine veillée chez grand-papa tu n'y iras
pas ". Pour nous, c'était la pire des punitions. Je pensais que mes parents étaient les seuls à jouer ce
petit jeu, mais quelle n'a pas été ma surprise d'apprendre plus tard que mes oncles et mes tantes
avaient le même système.
Grand-père était un extraordinaire conteur. Pendant ses déclamations, sa
figure bougeait continuellement et je m'amusais à regarder mes cousins et cousines dont la figure
bougeait autant que celle de grand-père. Quels beaux souvenirs nous en avons gardés!
A son mariage le 13 juillet 1885, il reçut une ferme comme cadeau de noces, mais à cause de son infirmité,
il dut la vendre car il ne pouvait pas faire le travail d'un agriculteur. Pas très longtemps après son
mariage il s'est installé à Windsor-Mills. Après il est venu s'installer à Bromptonville où il a été
le plus longtemps.
Un fait qui m'a surpris quand il m'a été raconté par mon père, c'est que François-Xavier à donner une
ferme, comme cadeau de noces, à chacun de ses garçons. Et il en avait huit! Quelle générosité et
quelle planification pour l'avenir de ses enfants!
Mes grands-parents eurent sept enfants dont 4 attinrent l'âge adulte. C'était :
- Anna née en 1887, mariée à Arthur Beaudry en 1904 et décédée en1964. Ils eurent 8 enfants.
- Angélina née en 1888, mariée à François Émond et décédée en 1979. Ils eurent 10 enfants.
- Conrad (mon père) né en 1893, marié à Flora Chabot, fille d'Augustin et d'Émilie Roy, en 1913 et
décédé en 1966. Ils eurent 10 enfants.
- Ulric né en 1895, marié à Germaine Beaudette en 1919 et décédé en 1974. Ils
eurent 19 enfants dont 12 attinrent l'âge adulte.
Comme je l'ai dit plus haut, mon grand-père est mort à l'âge de 95 ans. Il a toujours eu une excellente
santé. Un jour, alors qu'il avait 91 ans, il m'a dit : " Mon petit gars, je dois remercier le bon Dieu
car je n'ai jamais eu mal à la tête de ma vie. " Imaginez ma surprise. 91 ans sans le moindre mal de
tête. Dans sa vieillesse, ce sont ses jambes qui l'ont lâché, et il est mort d'un accident.
En effet,
il a voulu descendre de son lit sans demander de l'aide et il est tombé la tête sur le bord de sa table
de chevet, ce qui a causé un caillot qui lui est monté au cerveau et c'est ce qui l'a emporté. Et j'étais
présent à son décès. Après j'ai fait un décompte du nombre de ses descendants. J'en ai compté plus
de 150. Parmi ceux-là il y avait huit arrière-arrière-petits-enfants dont un dans ma propre famille.
Pour finir cette lignée de Roy qui remonte jusqu'à Nicolas LeRoy et Jeanne Lelièvre, je donnerai
quelques détails de mon père et ma mère et leurs descendants.
Mon père, Conrad est né le 4 octobre 1893 à Windsor Mills et ma mère, Flora Chabot, est née le 3 août
1887 à Uxbridge, Mass, aux Etats-Unis. Ils se sont mariés le 2 juin 1913 à Ste-Praxède de Bromptonville.
Ils eurent 10 enfants dont 9 vécurent jusqu'à l'âge adulte. Ce sont :
- Gertrude, née en 1914, mariée à Louis-Paul Roberge en 1938 et décédée en 1998. Ils eurent 5 enfants.
- Bibiane, née en 1915, mariée à Lorenzo Carroll en 1935 et décédée en 1996. Ils eurent 8 enfants.
- Clément, né en 1917, marié à Lucille Deshaies en 1972, toujours vivant, mais pas d'enfants.
- Robert, né en 1919, marié à Rose-Claire Auger en 1939, durant les 100 mariages de la J. O. C. Il est
décédé en 1984. Ils eurent 10 enfants.
- Laurette, née en 1920, mariée à Lucien Bélanger en 1945, toujours vivante. Ils eurent 10 enfants.
- Joseph, né en 1922 et décédé en 1923.
- Marguerite, née en 1924. Religieuse de Petites Sœurs de la Sainte-Famille. Toujours vivante.
- Germaine, née en 1926, mariée à Roger Caouette en 1945 et décédée en 2001. Ils eurent 13 enfants.
- Benjamin, né en 1929, marié à Thérèse Dumont en 1951 et toujours vivant. Ils eurent 5 enfants.
- Victor, né en 1930, marié à Kyoko Ritsuko Tanaka en 1966 et toujours vivant. Ils n'eurent pas
d'enfants.
Des 9 enfants de mes parents, il y a 51 petits-enfants, 125 arrière-petits-enfants et 36
arrière-arrière-petits enfants.
Dans un autre article, je parlerai de la lignée des ancêtres de ma mère, Flora Chabot descendante de
Mathurin Chabot et Marie Mésangé.
Clément Roy
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